Why the heck vegan leathers?

Article original publié sous le titre “Tu aimes le cuir ?” dans le Vegan Pop Numéro 0 de la rentrée 2017, magazine du Smmmile Festival.

Le cuir c’est beau, le cuir c’est naturel, c’est rock et c’est sexy. Ok, dans l’idée, on est d’accord. Sauf que le cuir, c’est aussi l’industrie la plus sale du milieu textile. Que ce soit vis-à-vis des animaux dont on vole la peau, des personnes qui le travaillent, ou de la pollution engendrée par sa production, la réalité n’est pas belle à voir. Si tu as malgré tout l’esprit cuir moustache, voilà qui devrait t’aider à laisser tomber ta veste, à la retourner, ou tout du moins à la voir autrement !

Le marché du cuir, ce n’est rien à côté du marché de la viande.

FAUX !

Il est urgent de détruire ce mythe selon lequel la peau est simplement un reste des abattoirs qui serait de toute manière jetée si elle n’était pas utilisée pour en faire du cuir : sache-le, la peau est le sous-produit le plus rentable pour l’industrie de la viande.

C’est d’ailleurs loin d’être un secret ! Yves Berger, alors big boss d’Interbev, lobby français de la viande, l’annonce ouvertement : « Maintenant, on gagne de l’argent : le kilo de cuir se vend même plus cher que le kilo de viande ».

Le cuir représente en moyenne 20% à 40% des profits tirés de l’exploitation de la carcasse d’un animal. On joue aux écolos et on dédramatise en parlant « sous-produit » et « upcycling » pour définir le cuir, alors que dans les faits, la peau n’est pas un « sous-produit » de la viande, elle en est un « co-produit ».

Le cuir est toujours fait à partir d’animaux tués pour leur chair.

FAUX !

Spoiler alerte, le cuir de chien n’est pas une légende. Une enquête de PETA a dévoilé que du cuir de chien était fabriqué par des industriels en Chine, où aucune mesure n’est prise à l’encontre des personnes qui maltraitent les animaux tués pour leur peau. Les chiens errants sont alors ramassés dans les rues et frappés puis dépecés vivants. Les articles fabriqués en cuir de chien sont ensuite revendus à travers le monde à des consommateur·ice·s qui n’ont pas la moindre conscience de ce qu’ils achètent réellement.

De façon plus décomplexée, les « peaux exotiques » sont très prisées dans le haut de gamme et proviennent souvent d’animaux qui sont alors presque exclusivement tués pour leur peau. Le cuir d’autruche par exemple représente environ 80% de la valeur monétaire de l’animal.

La production du cuir est également un véritable poison pour l’environnement.

VRAI !

Sans surprise, le cuir, c’est un morceau d’animal mort. Pour rendre la peau imputrescible, on la traite avec des produits pas toujours très propres. Le tannage au chrome est la méthode la plus répandue – à hauteur de 80% pour la France, par exemple. C’est la méthode la plus simple et rapide, mais également la plus nocive. Elle nécessite d’énormes quantités de produits chimiques dangereux dont des sels minéraux, du formaldéhyde, diverses huiles et teintures dont certaines sont à base de cyanure. Bien entendu, tous les déchets contenus dans le chrome sont considérés dangereux par l’Agence Européenne de Protection de l’Environnement.

Les agents toxiques utilisés pour préserver les peaux demandent une immense quantité d’eau qui est souvent mal traitée – voire non traitée – avant d’être expulsée et d’atterrir dans les sols et les réserves d’eau voisines.

L’industrie du cuir a un véritable coût humain.

VRAI !

En Suède et en Italie par exemple, des études faites par PETA en 2011 sur les travailleur·se·s des tanneries de cuir ont dépisté des risques de cancer entre 20% et 50% plus élevés que la normale.

Du côté du Bangladesh, le quartier d’Hazaribagh à Dacca concentre près de 90% des tanneries du pays. Le site a été classé comme étant le cinquième plus pollué du monde par le Blacksmith Institute, on n’est pas loin de l’effet Tchernobyl. Les produits toxiques s’écoulent à même le sol et se retrouvent dans le grand fleuve de la ville, le Buriganga, qui est aujourd’hui le troisième fleuve le plus pollué au monde. Les produits chimiques qui se retrouvent rejetés dans la nature sans traitement sont hautement nocifs voire cancérigènes pour les humain·e·s. Inévitablement, aux abords des tanneries, le taux de mortalité est trois fois plus élevé que dans le reste du Bangladesh.

Au Bangladesh, le drame du Rana Plaza a choqué le monde entier face aux conditions de travail des ouvrier·ère·s du textile. Il s’avère malheureusement que les conditions endurées dans le secteur du cuir sont encore bien plus impitoyables. Les salaires sont dérisoires, des enfants travaillent dans ces usines, aucune protection n’est donnée aux ouvrier·ère·s, et ils/elles peuvent travailler jusqu’à 14h par jour, sept jours par semaine.

D’immenses sacrifices sont faits au nom de la mode chaque année : l’environnement est détruit, des millions d’animaux meurent, des millions d’hommes, de femmes et d’enfants s’intoxiquent. Face à ce constat, il est difficile de ne pas s’engager pour réduire au maximum sa consommation de produits issus de l’exploitation animale et humaine.

Faire du cuir propre, c’est possible.

FAUX !

Face à la prise de conscience grandissante des consommateur·ice·s, l’industrie du cuir n’est pas sans ressources. Beaucoup de marques se positionnent aujourd’hui sur le créneau des cuirs écologiques. On entend donc de plus en plus parler de tannage végétal (où le traitement de la peau est réalisé non plus avec du chrome mais avec des végétaux) ou de peaux biologiques.

Mais on se détourne alors du réel problème : l’exploitation animale. Il n’y a bien entendu pas de gentille façon de mettre à mort un être qui a la plus pure et simple envie de vivre. De même qu’utiliser un processus de tannage plus respectueux de l’environnement ne changera pas l’impact nocif de l’élevage.

Les similicuirs en plastique ça pollue encore plus que le cuir de vache !

FAUX !

Les matières de remplacement, même issues du pétrole, sont un bien moindre mal.

Quelle que soit la matière de substitution, elle pourra difficilement atteindre le même niveau de toxicité pour les humain·e·s et l’environnement, et de gaspillage des ressources en eau que le cuir ; aussi synthétique soit-elle.

Pour la comparaison, il est estimé que l’élaboration d’un produit en cuir ou en fourrure consomme en moyenne 20 fois plus de ressources que s’il était fabriqué en matière organique ou synthétique !

Et maintenant, on fait quoi ?

Des tonnes d’alternatives existent déjà ! Alors que certaines entreprises se penchent sur le développement de cuir de champignon, d’algue, de thé ou encore de raisin – oui, il y en aura pour tous les goûts – de nombreux produits en « cuirs véganes » écoresponsables sont déjà sur le marché.

Il y en a beaucoup trop pour citer toutes les marques qui proposent ces produits, mais pour faire chauvin, on se contentera de quelques françaises comme Good Guys, Magnethik, By Blanch, Wonder Women Of The World ou encore Minuit Sur Terre.

En plus de marques 100% véganes qui développent des chaussures et de la maroquinerie répondant aux enjeux éthiques et environnementaux actuels, tu peux aussi retrouver tes éternelles Dr Martens ou tes Veja d’amour en version végane. De plus en plus de marques s’attaquent à ce marché qui, petit à petit, sort de son statut de niche.

 

Sources

AFP « Ils se disputent la collecte d’animaux morts dans les fermes » 13 janvier 2014
Association Envol Vert
Association One Voice
Kate Carter « Don’t Hide from the Truth » Guardian.co.uk, 27 août 2008
Fédération Française de la Tannerie Mégisserie
Benjamin Masse-Stamberger « Bangladesh : les forçats du cuir de Hazaribagh » L’Express, 3 août 2014
Le Blacksmith Institute est une ONG américaine spécialisée dans les problèmes environnementaux
Benjamin Masse-Stamberger « Bangladesh : les forçats du cuir de Hazaribagh » L’Express, 3 août 2014
Annabelle « Ces substances que nous cache le cuir » ConsoGlobe, 23 décembre 2013
Constat de Richard Pearshouse, responsable de l’Asie chez Human Rights Watch et auteur d’un rapport sur les conditions de travail à Hazaribagh
Pauline Petit « Les tanneries toxiques d’Hazaribagh : reportage photo de Pascal Mannaerts » ConsoGlobe, 13 février 2016
Ecotextile News

 

(Work in progress for the english version, come back later or e-mail me!)